Un bourg de l’ARTOIS

Pendant quelque 130 ans, Liévin a vecu sous l’ère du charbon, de sa prospérité, de ses drames et de son mode de vie bien particulier. A partir des années 1970 la cité minière a du tout réinventer pour offrir un avenir à ses 33 200 habitants. En 2012, le musée du Louvre, édifié à la limite de Lens et de Liévin, renforcera de manière prestigieuse l’entrée de cette ville dans le XXième siècle.

Vestiges gallo-romains

L’histoire de Liévin commence avec l’eau. De tout temps en effet, les hommes ont choisi de se sédentariser à un endroit proche de cet élément nécessaire à la vie. La légende raconte qu’au Ier siècle avant Jésus-Christ, le futur Liévin s’appelait Levesano, ce qui signifie l’eau qui guérit, l’eau qui purifie. Cette eau provenait principalement de la rivière la Souchez, qui traverse Liévin et irrigue également Angres et Lens. Les premiers habitants s’installèrent sur les flancs de la colline de Riaumont. Plusieurs civilisations s’y sont succédées. Lors de la construction des mines, en 1903, les vestiges de deux cimetières gallo-romains ont été découverts.

Les premiers habitants s’installèrent sur les flancs de la colline de Riaumont. Plusieurs civilisations s’y sont succédées. Lors de la construction des mines, en 1903, les vestiges de deux cimetières gallo-romains ont été découverts.

Puis ce sont les fondations d’une importante villa de la même époque qui furent mises à jour. Après les Romains, les Francs ont occupé le même emplacement : 752 tombes, formant la plus grande nécropole franque du Pas-de-Calais, ont été exhumées en 1905. Aujourd’hui, la ville continue de découvrir son passé en procédant lorsqu’elle le peut à de nouvelles fouilles archéologiques. Tout récemment, les travaux de réaménagement du jardin public ont offert une belle découverte au service municipal de la mémoire de Liévin. Celui-ci y a retrouvé les fondations du pigeonnier du Château blanc, construit en 1742 et détruit par les bombardements en 1917. C’est une histoire de cinq siècles que ce trésor a ainsi livrée au jour.

Avant la guerre de 1914-1918, les ruines de trois châteaux témoignaient encore de la vie des seigneurs au Moyen Age. Le plus important, celui des Rollencourt, construit au XIème siècle, connut d’illustres propriétaires, tels que Guillaume d’Orange, prince de Nassau, et au XVIIIème siècle, la puissante famille d’Aumale. Les derniers propriétaires de Rollencourt, les Jonglez de Ligne, grands bourgeois enrichis par le commerce et anoblis après l’achat d’un titre de comte auprès du pape, firent ériger un nouveau château vers 1878, haut de 43 mètres et décoré de belles tapisseries. Il fut détruit en 1917. Durant plusieurs siècles, Liévin-en-Artois, comme on l’appelait alors, fut un bourg rural. En 1414, la commune comptait 150 habitants, 250 en 1730 et près de 800 au moment de la Révolution. La rue principale, « la Grande rue », qui correspondait à l’actuelle rue du Quatre-Septembre, épousait le cours sinueux de la Souchez. Le vieux village de Liévin-en-Artois se serait alors déployé autour d’une grange monastique avec son église, construite au XIème siècle.

L’église Saint-Martin, démolie pendant la guerre de 1914-1918, a été reconstruite en 1927 à son emplacement d’origine, à la différence du reste de la ville qui a été entièrement réaménagé. Avec une particularité toutefois : l’axe initial a été inversé ; elle est aujourd’hui bâtie sur un axe nord-est, sud-ouest. Il semble que l’architecte Jean Goniaux ait voulu donner à l’édifice une perspective remarquable : il utilisa la forte pente du relief pour construire les nombreuses marches qui mènent à l’entrée. En situant l’entrée de l’église du côté de la ville « naissante », cet architecte souhaitait sans doute symboliser la vocation sociale, voire politique de l’église.

L’histoire de Liévin se confond avec celle de l’Artois, cette province de l’Ancien Régime qui fut le théâtre de sanglantes batailles.

Entre Le XIIème et le XVIème siècle, le comté et le XVIème d’Artois appartint successivement aux ducs de Bourgogne et aux Habsbourg d’Espagne avant d’être annexé à la France après la guerre de Trente Ans. L’un des événements qui marquèrent l’histoire du pays fut l’occupation par les armées d’Espagne. En 1648, Lens fut libéré au cours de la bataille de Lens, conduite par le Grand Condé qui avait feint le repli. Le choc le plus violent aurait eu lieu à l’endroit où se construit aujourd’hui la résidence de la Victoire, dénomination illustrant le succès et l’intelligence militaire du Grand Condé. Celui-ci a laissé son empreinte au cœur du quartier de Calonne à Liévin : un arbre fut planté en souvenir de cette bataille dans l’actuelle cité Saint-Amé. Surnommé l’Arbre de gain, il a donné son nom à l’une des rues de la cité (la rue de l’Abregain).

Volonté d’indépendance

Avec la Révolution française et la création du département du Pas-de-Calais, les premières élections municipales sont organisées dans ce qui est encore un bourg rural. Le maire de Liévin, Procope Deligne, est fermier. Parmi les cinq officiers municipaux, il y a deux fermiers et deux laboureurs. L’assemblée des notables comprend également plusieurs fermiers, charrons ou laboureurs, quelques « ménagers » – de petits propriétaires – parmi lesquels un certain Jacques Laurent, lointain aïeul d’une famille liévinoise bien connue.

Dès sa constitution en municipalité, Liévin fait montre d’indépendance ; elle renâcle à se soumettre aux exigences des autorités révolutionnaires. En 1793, c’est le contingent d’hommes pour l’armée qu’elle refuse de fournir. En 1794, elle est dite « très en retard pour la fourniture de foin, paille et avoine ». On arrête quelques cultivateurs, dont le maire, Procope Deligne. Les élus de Liévin font preuve de mauvaise volonté et d’un « défaut de patriotisme ». Au même titre que les autorités religieuses : ni son curé, ni son vicaire ne prêtent serment à la Révolution. Cette « résistance » fera du curé un prêtre « réfractaire », selon la terminologie de l’époque.