DE LA TERRE A LA MINE

La grande affaire de Liévin fut longtemps le charbon. La légende veut que la découverte du minerai dans le nord remonte au XIIème siècle.

Les forgerons souffraient alors du prix élevé du charbon de bois. De passage chez l’un d’entre eux, un vagabond aurait vu sur une colline des environs de Liège de la terre noire qui brûlait. En réalité, il faudra attendre 700 ans pour que l’on découvre, par le plus grand des hasard, une veine de charbon en Belgique 

En 1841, l’ingénieur Louis-Georges Mulot, spécialiste des puits artésiens, entreprend un forage dans le parc d’une certaine Henriette de Clercq, châtelaine à Oignies, qui lui demande de creuser un étang. À 151 mètres de profondeur, il découvre, du charbon. À l’issue d’un second forage, effectué en 1848, la Compagnie des mines de Lens se constitue. On est en 1853. C’est la naissance des puits « 1, 2 et 4 », numérotés dans l’ordre de leur mise en service. En 1858, l’exploitation minière commence à Liévin. La vie du bourg rural en sera bouleversée pendant des décennies.

Une transformation protéiforme

Liévin subit des transformations dans tous les domaines. D’abord démographique : la population passe de 1 400 habitants vers 1850 à 26 000 en 1914 ; urbanistique, les compagnies construisent autour des différentes fosses des cités minières pour loger les ouvriers ; sociale enfin : le monde de la mine est régi par des règles de vie très particulières. Le poids des traditions dont celles apportées par les immigrés italiens et polonais, la solidarité ouvrière, la dureté des conditions de travail, l’emprise des sociétés houillères sur chaque instant de la vie des mineurs et de leurs familles : tout participe à la mise en place d’un monde spécifique et singulier.

Cependant, les deux compagnies de Liévin et de Lens présentent des antagonismes, notamment dans le domaine religieux, qui renforcent les rivalités. La Compagnie de Lens est riche et catholique. La première cité qu’elle construit à Liévin, celle de Saint-Amé, dite du 3 de Lens, est emblématique du modèle qu’elle propose. Il y a une église, un presbytère, des écoles catholiques, un kiosque à musique et une salle des fêtes. C’est une cité à corons, dont la première rue, la rue de l’Abregain, est constituée de neuf maisons, habitées, raconte-t-on, par des expatriés belges.

 Face à la richesse de Lens, La Société Houillère de Liévin affirme sa puissance en construisant un siège à l’architecture imposante sur la colline de Riaumont. Et tandis qu’à Lens la catholique, « il suffit de montrer son certificat de baptême pour se faire embaucher », Liévin fait édifier un temple destiné aux cadres de la société dont beaucoup viennent d’Alès, région protestante. À côté des puits, le quartier ancien de Saint-Martin vit à part, les habitants des cités n’y viennent pas. Et lorsque les curés s’écrivent, celui de Saint-Martin signe « Liévin village » et celui du 3 de Lens, l’abbé Canesson, signe « Liévin-les-Mines ». Avec le développement de la mine, la grande rue de Liévin n’est plus l’axe principal de la ville. Elle a été détrônée par la rue Jean-Baptiste Defernez, la grande artère qui mène de Liévin à Lens. C’est là que circulera, de 1890 à 1948, le petit train venant de Lens et desservant sur 53 kilomètres les communes minières et rurales, connu sous le nom de « tacot », « gueulard » ou encore « tramway ».

L’église au cœur de la cité

A la première cité de Lens, dite du 3, que l’on appelle aussi la cité Saint-Amé, répond celle de Liévin, baptisée pour la différencier de l’autre la cité du Trois sous Ch’Bos, c’est-à-dire du « Trois sous le bois ». Le bois est celui de Riaumont, où se trouvait autrefois la petite chapelle Notre-Dame-de-Grâce. Bientôt, cette chapelle ne suffit plus à accueillir les fidèles dont le nombre croît avec l’arrivée de populations nouvelles. En 1889, l’abbé Canesson demande à la municipalité de Liévin et à la Compagnie des mines de Lens de bâtir une église, sur le modèle de celle de Saint-Amé, dont il est le curé. Peine perdue, les uns et les autres s’opposent à cette initiative. Au bout du compte, c’est la Compagnie des mines de Liévin qui financera la nouvelle église, dénommée Notre-Dame-de-Grâce en souvenir de la chapelle, au début des années 1930. Sa cloche est fabriquée à partir de morceaux fondus de celle de l’église Saint-Martin, qui a été détruite pendant la guerre de 1914-1918. Sitôt construite, elle est d’emblée très fréquentée par la communauté polonaise. Quant à la chapelle du bois de Riaumont, disparue dans un incendie en 1903, il faudra attendre mai 2010 pour qu’elle soit reconstruite. Adossée au talus où se trouvait la source qui donna son nom à la ville, elle a été bâtie de telle sorte qu’à chaque équinoxe le soleil vienne frapper la statue de Notre-Dame. En 1999, Patrick Adèle, responsable de la Maison de la Mémoire, retrouva des vestiges de la chapelle, et notamment une pierre datant de 1764. C’était le premier pas vers la reconstruction du site dont la première pierre fut posée le 30 juin 2007.